En bref
Quand une articulation ne fait plus son travail, une voisine le fait à sa place : c'est la compensation. Sur le moment tu ne sens rien, puis la zone qui compense s'use en silence, jusqu'au jour où elle lâche. Cinq signes doivent t'alerter : des douleurs qui se multiplient, un réveil long à dérouiller, tout faire du même côté, des gestes simples qui ont disparu, et une respiration que tu bloques en forçant.
Je connais ce piège
Après mes ligaments croisés, à 18 ans, je devais continuer à pratiquer pour mes études de STAPS. Sauf que quand tu as un genou en vrac, tu n'appuies plus pareil des deux côtés. Ma posture a commencé à compenser, et j'ai développé une pubalgie en jouant au foot, surtout après l'opération.
Le genou avait lâché en premier, et c'est une autre zone qui a fini par payer. C'est exactement ce que je vois aujourd'hui chez les personnes que j'accompagne.
Déplacer la douleur, ou « compenser » : de quoi on parle
Ton corps veut une chose : que tu continues à bouger. Si une articulation ne fait plus son travail, il ne t'arrête pas. Il trouve un autre chemin. Voilà comment ça se passe :
- une articulation ne fait plus son travail
- une voisine prend le relais à sa place
- sur le moment, tu ne sens rien
- elle s'use en silence, jusqu'au jour où elle lâche.
J'aime bien l'image d'un travail de groupe. Il y a toujours quelqu'un qui ne fait rien, et quelqu'un qui fait tout. Celui qui fait tout finit épuisé. Dans ton corps, c'est pareil : la zone qui fait mal est souvent celle qui travaille pour deux.
Voici les cinq signes qui montrent que ça a déjà commencé chez toi. Le n°3, presque tout le monde le fait sans le voir.
Signe n°1 : les douleurs se multiplient
D'abord le genou. Puis la hanche s'y met aussi. Puis le bas du dos. Tu as l'impression d'avoir mal partout, et que ton corps se dégrade d'un coup.
En réalité, c'est une chaîne. Une zone fatiguée refile le travail à la suivante, qui sature à son tour. Si tu traites chaque douleur séparément, tu courras toujours après la dernière arrivée.
Signe n°2 : il te faut du temps pour te dérouiller
Raideur au réveil, premiers pas prudents dans le couloir, besoin de quelques minutes avant de pouvoir te pencher pour mettre tes chaussettes. Puis ça passe, et tu n'y penses plus de la journée.
Un corps qui doit chauffer longtemps avant de bouger normalement compense déjà. On met souvent ça sur le compte de l'âge. Le plus souvent, c'est le signe que certaines articulations ont perdu de l'amplitude, et que d'autres doivent attendre d'être échauffées pour prendre le relais.
Signe n°3 : tu fais tout du même côté
Toujours la même jambe pour monter la première marche. Toujours la même épaule pour porter ton sac. Toujours le même appui quand tu attends debout. Toujours le même côté pour te relever du canapé.
On le fait tous, et on ne le remarque pas. Mais derrière cette habitude, il y a souvent un côté qui ne répond plus aussi bien. Ton corps évite ce côté-là, et l'autre travaille double depuis des années.
Signe n°4 : des gestes simples ont disparu
T'accroupir pour ramasser quelque chose. Lever les bras tout en haut pour attraper un objet sur une étagère. Te retourner en voiture pour regarder derrière toi.
Tu ne les fais plus, sans l'avoir décidé. Tu t'es penché au lieu de t'accroupir, tu as pris un tabouret, tu t'es fié aux rétroviseurs. Chaque contournement est une compensation, et chaque geste abandonné est une capacité que ton corps est en train d'oublier.
Signe n°5 : tu bloques ta respiration
Tu forces sur un geste, pour soulever un carton ou te relever du sol, et tu retiens ton souffle. Ça coince.
Bloquer la respiration, c'est une façon pour ton corps de se rigidifier quand il ne se sent pas capable. Le mouvement ne passe pas par l'articulation qui devrait le faire, alors une autre zone encaisse, en force.
Pourquoi ces signes comptent : le piège du silence
Tant que ça compense, tu ne sens presque rien. C'est ce qui rend la compensation si sournoise. Les déséquilibres s'installent souvent dès 25 à 30 ans, surtout avec une vie active : le travail, les enfants, le sport du week-end, les heures assis.
La douleur, elle, arrive des années plus tard.
Et quand elle arrive, elle arrive souvent sur un geste anodin : ramasser un stylo, faire tes lacets. Ce n'est pas le stylo qui t'a bloqué le dos. C'était là depuis des années, et ce geste a été la goutte qui a fait déborder le vase.
La bonne nouvelle, c'est que plus tôt tu repères ces signes, plus c'est simple à corriger. Une articulation qui a arrêté de faire sa part peut la reprendre, à condition qu'on la retrouve.
Dans cette vidéo, j'explique ce qu'un bilan permet de repérer :
Que faire si tu te reconnais dans au moins deux signes
Repérer la zone qui compense
Ce n'est pas forcément celle qui fait mal. On regarde le corps entier pour trouver l'articulation qui a arrêté de travailler.
Lui rendre son travail
De l'amplitude, puis de la force dans cette amplitude, pour qu'elle reprenne sa part et soulage sa voisine.
Remettre les gestes perdus
S'accroupir, lever les bras, se retourner : on les réintroduit un par un, en suivant la règle des 3 douleurs.
Si tu as déjà mal quelque part, tu peux regarder les douleurs que j'accompagne, zone par zone. Et si tu te reconnais dans plusieurs de ces signes sans avoir encore mal, c'est le meilleur moment pour t'y mettre.


