YANN CORBET

Compensations

5 signes que ton corps compense et déplace ta douleur

Ton corps est un champion du système D. Quand une zone flanche, une autre prend le relais sans te prévenir. Pratique, jusqu'au jour où celle qui compense lâche à son tour. Voilà comment repérer que ça a déjà commencé.

Publié le 6 octobre 20265 min de lecture

En bref

Quand une articulation ne fait plus son travail, une voisine le fait à sa place : c'est la compensation. Sur le moment tu ne sens rien, puis la zone qui compense s'use en silence, jusqu'au jour où elle lâche. Cinq signes doivent t'alerter : des douleurs qui se multiplient, un réveil long à dérouiller, tout faire du même côté, des gestes simples qui ont disparu, et une respiration que tu bloques en forçant.

Je connais ce piège

Après mes ligaments croisés, à 18 ans, je devais continuer à pratiquer pour mes études de STAPS. Sauf que quand tu as un genou en vrac, tu n'appuies plus pareil des deux côtés. Ma posture a commencé à compenser, et j'ai développé une pubalgie en jouant au foot, surtout après l'opération.

Le genou avait lâché en premier, et c'est une autre zone qui a fini par payer. C'est exactement ce que je vois aujourd'hui chez les personnes que j'accompagne.

Déplacer la douleur, ou « compenser » : de quoi on parle

Ton corps veut une chose : que tu continues à bouger. Si une articulation ne fait plus son travail, il ne t'arrête pas. Il trouve un autre chemin. Voilà comment ça se passe :

J'aime bien l'image d'un travail de groupe. Il y a toujours quelqu'un qui ne fait rien, et quelqu'un qui fait tout. Celui qui fait tout finit épuisé. Dans ton corps, c'est pareil : la zone qui fait mal est souvent celle qui travaille pour deux.

Voici les cinq signes qui montrent que ça a déjà commencé chez toi. Le n°3, presque tout le monde le fait sans le voir.

Signe n°1 : les douleurs se multiplient

D'abord le genou. Puis la hanche s'y met aussi. Puis le bas du dos. Tu as l'impression d'avoir mal partout, et que ton corps se dégrade d'un coup.

En réalité, c'est une chaîne. Une zone fatiguée refile le travail à la suivante, qui sature à son tour. Si tu traites chaque douleur séparément, tu courras toujours après la dernière arrivée.

Signe n°2 : il te faut du temps pour te dérouiller

Raideur au réveil, premiers pas prudents dans le couloir, besoin de quelques minutes avant de pouvoir te pencher pour mettre tes chaussettes. Puis ça passe, et tu n'y penses plus de la journée.

Un corps qui doit chauffer longtemps avant de bouger normalement compense déjà. On met souvent ça sur le compte de l'âge. Le plus souvent, c'est le signe que certaines articulations ont perdu de l'amplitude, et que d'autres doivent attendre d'être échauffées pour prendre le relais.

Signe n°3 : tu fais tout du même côté

Toujours la même jambe pour monter la première marche. Toujours la même épaule pour porter ton sac. Toujours le même appui quand tu attends debout. Toujours le même côté pour te relever du canapé.

On le fait tous, et on ne le remarque pas. Mais derrière cette habitude, il y a souvent un côté qui ne répond plus aussi bien. Ton corps évite ce côté-là, et l'autre travaille double depuis des années.

Signe n°4 : des gestes simples ont disparu

T'accroupir pour ramasser quelque chose. Lever les bras tout en haut pour attraper un objet sur une étagère. Te retourner en voiture pour regarder derrière toi.

Tu ne les fais plus, sans l'avoir décidé. Tu t'es penché au lieu de t'accroupir, tu as pris un tabouret, tu t'es fié aux rétroviseurs. Chaque contournement est une compensation, et chaque geste abandonné est une capacité que ton corps est en train d'oublier.

Signe n°5 : tu bloques ta respiration

Tu forces sur un geste, pour soulever un carton ou te relever du sol, et tu retiens ton souffle. Ça coince.

Bloquer la respiration, c'est une façon pour ton corps de se rigidifier quand il ne se sent pas capable. Le mouvement ne passe pas par l'articulation qui devrait le faire, alors une autre zone encaisse, en force.

Pourquoi ces signes comptent : le piège du silence

Le piège du silence : tant que ça compense, tu ne sens presque rien. Les déséquilibres s'installent souvent dès 25 à 30 ans, surtout avec une vie active. La douleur arrive des années plus tard. Plus tôt tu repères ces signes, plus c'est simple à corriger.

Tant que ça compense, tu ne sens presque rien. C'est ce qui rend la compensation si sournoise. Les déséquilibres s'installent souvent dès 25 à 30 ans, surtout avec une vie active : le travail, les enfants, le sport du week-end, les heures assis.

La douleur, elle, arrive des années plus tard.

Et quand elle arrive, elle arrive souvent sur un geste anodin : ramasser un stylo, faire tes lacets. Ce n'est pas le stylo qui t'a bloqué le dos. C'était là depuis des années, et ce geste a été la goutte qui a fait déborder le vase.

La bonne nouvelle, c'est que plus tôt tu repères ces signes, plus c'est simple à corriger. Une articulation qui a arrêté de faire sa part peut la reprendre, à condition qu'on la retrouve.

Dans cette vidéo, j'explique ce qu'un bilan permet de repérer :

Pourquoi tu n'arrives pas à progresser (et comment un simple bilan peut tout changer)

Que faire si tu te reconnais dans au moins deux signes

  1. Repérer la zone qui compense

    Ce n'est pas forcément celle qui fait mal. On regarde le corps entier pour trouver l'articulation qui a arrêté de travailler.

  2. Lui rendre son travail

    De l'amplitude, puis de la force dans cette amplitude, pour qu'elle reprenne sa part et soulage sa voisine.

  3. Remettre les gestes perdus

    S'accroupir, lever les bras, se retourner : on les réintroduit un par un, en suivant la règle des 3 douleurs.

Si tu as déjà mal quelque part, tu peux regarder les douleurs que j'accompagne, zone par zone. Et si tu te reconnais dans plusieurs de ces signes sans avoir encore mal, c'est le meilleur moment pour t'y mettre.

Tes questions

Les questions qu'on me pose le plus

C'est quoi, une compensation ?

C'est quand une articulation ne fait plus son travail et qu'une voisine le fait à sa place. Ton corps se fiche que tu n'arrives pas à faire un mouvement avec une articulation : il t'aide avec une autre. Le problème, c'est qu'il sursollicite celle qui aide, et qu'elle finit par s'user.

Pourquoi j'ai mal à un endroit qui n'a rien ?

Parce que la zone qui fait mal est souvent celle qui encaisse, pas celle qui a lâché en premier. Ton dos peut faire le travail que tes hanches ne font plus, ton genou peut payer pour une cheville raide. C'est pour ça que je regarde toujours le corps entier, même quand on me parle d'une seule douleur.

Est-ce normal d'être raide le matin ?

C'est fréquent, mais ce n'est pas une fatalité. Un corps qui a besoin de chauffer longtemps avant de bouger normalement compense déjà quelque part. C'est un des signes les plus simples à repérer, et un bon point de départ pour un bilan.

À quel âge les compensations commencent-elles ?

Les déséquilibres s'installent souvent dès 25 à 30 ans, surtout avec une vie active. La douleur, elle, arrive souvent des années plus tard. Plus tôt tu repères les signes, plus c'est simple à corriger.

Comment savoir quelle zone compense chez moi ?

C'est le rôle du bilan. Tu te filmes sur quelques mouvements simples, je regarde comment ton corps s'organise, et je repère l'articulation qui ne fait plus sa part. Ensuite, je te construis un programme qui commence par elle.